jeudi 14 mars 2013

Réactions aux images



Nicolas Moreno:
A Liège un drame social et économique est en train de se produire. Des centaines de personnes vont perdre leur emploi, la direction d’ArcelorMittal ayant décidé de fermer 7 des 12 sites de production de la phase à froid. 1300 emplois sont concernés et en prenant en compte tous les emplois indirects et la fermeture de la phase à chaud, on peut dire que l’impact sur la région sera énorme. La colère est bien présente, comme en témoignent les manifestions qui ont suivies ces annonces. Nombreux sont ceux qui estiment que Mittal a des comptes à rendre.

Mais comment se fait-il qu’on ait rien pu faire pour empêcher cela ? L’Etat belge et la région wallonne semblent bien impuissants face à la multinationale. Les autorités dirigeantes sont bien incapables de défendre les intérêts de leur pays et de sauver ce qui peut l’être. Et par sauvetage j’entends forcer ArcelorMittal à revendre les sites de productions inexploités où au moins obliger la firme à nettoyer les sites pour assainir le bassin liégeois. Mais Mittal préfère laisser dépérir tout cela et laisser la région wallonne s’occuper seule du coût environnemental. Aucune mesure n’a été envisagée afin d’empêcher cela. L’Europe d’ailleurs bloque tout moyen d’action que pourrai prendre le gouvernement, notamment une éventuelle nationalisation de la sidérurgie liégeoise. Néanmoins, nationaliser serait une très mauvaise idée. Le gouvernement n’a pas à faire exploser son budget uniquement dans le but de soutenir et sauver, provisoirement, une seule industrie plutôt que toutes les autres. Il faut plutôt essayer d’aller de l’avant et de privilégier des secteurs d’avenir afin que ceux-ci créent davantage d’emploi et peut être remettre au travail ceux qui ont perdu le leur avec la fin de la sidérurgie.

Quand une très grande entreprise, multinationale, décide de délocaliser et fait perdre leurs emplois à de très nombreuses personnes, cela fait évidemment grand bruit. Cela est normal. Seulement, dans le même temps, des milliers de PME mettent la clef sous le paillasson chaque année. Et ce chiffre ne cesse de croître. Depuis la crise, chaque année, le nombre de faillites augmente. En 2012 on a recensé plus de 11.000 faillites en Belgique. Cela a représenté plus de 22.000 emplois. Et si la relance économique venait des entrepreneurs belges ? Ce sont nos PME et nos spin-offs qui doivent représenter notre avenir. En effet, nombre de ces entreprises sont innovatrices et pourvoyeuses d’emploi. Elles sont dynamiques, ambitieuses et sont adaptées à notre présent, prêtes à faire face aux défis futurs. Force est en effet de constater, que la sidérurgie à Liège fait désormais partie d’une époque révolue. Seuls les centres de recherches et les technologies de pointe dans le domaine de l’acier devraient être maintenus. C’est d’ailleurs vraisemblablement ce qui va se passer.  De plus, il est très peu vraisemblable que nos PME soient tentées de délocaliser et qu’elles paient leurs impôts de manière régulière en Belgique. Elles bénéficient en règle générale que de peu d’aide et ne sont pas munies d’armées de fiscalistes qui connaissent tous les secrets de l’évasion fiscale internationale. C’est ainsi qu’en 2010 le groupe n’a payé que 496€ d’impôts sur un bénéfice de 1,3 milliards d’€, soit un taux d’imposition de 0.000038%. Ceci est principalement dû au fait que la firme a très grandement profité du système des intérêts notionnels. En effet, la multinationale a profité au maximum et même abusé du système, qui a très clairement montré ses limites. Cela lui a même permis de diminuer son taux d’imposition dans d’autres pays, en transférant l’argent en Belgique pour gonfler encore son capital et ainsi encore augmenter ses profits. Les intérêts notionnels auront donc surtout permis à ce que la firme paye moins d’impôts dans des pays étrangers, notamment en France. On peut donc en déduire que de grosses erreurs ont été commises lors de la mise en place des intérêts notionnels. On aurait par exemple du poser certaines conditions, comme obliger les entreprises à investir ou à s’engager pour créer ou préserver de l’emploi.

Il me semble que l’on peut soulever un autre problème : les grandes différences en termes fiscalité à travers l’Europe. Il est très facile pour de grandes entreprises multinationales de tirer profit de ces disparités. De nombreux exemples peuvent être cités comme Ryanair ou Google par exemple. ArcelorMittal aussi en profite. Les Etats de l’Union perdent des milliards d’euros à cause de l’évasion fiscale intra-européenne.  Il serait grand temps que l’on se mette d’accord en Europe et qu’on avance dans la même direction au niveau fiscal dans tous les continents. Tant que ça ne sera pas fait, ce sera la porte ouverte à de très nombreux abus. Et à un manque à gagner énorme pour tous les gouvernements. L’avenir de l’Europe est dans la coopération internationale. Il faut se protéger ensemble contre les requins qui ne veulent que profiter d’un système profiteur pour un petit moment, sans aucune vision d’avenir. Et pour se protéger contre ce genre d’organisation qui ne recherche qu’un objectif de profit maximal à court terme plutôt que le développement collectif à long terme, il faut tous s’entendre pour avancer dans la même direction et être en mesure de se défendre.



Romy Sambucini:
Le 24 janvier 2013, la décision tombe… Après un premier choc lors de l’annonce de la fermeture de la phase à chaud à Liège, le géant de la sidérurgie liégeoise décide de fermer également la phase à froid engendrant ainsi la perte d’approximativement 1300 emplois dans la région liégeoise.
Ce coup dur pour la cité ardente sème rapidement un vent de panique suivi d’un vent de révolte. Une seule question subsiste pourquoi ?
C’est à travers ces quelques lignes qu’une tentative de réponse vous sera apportée.

Revenons quelques années en arrière, où Lakshmi Mittal construit son harem en multipliant les acquisitions tout d’abord dans les pays émergents, puis en rachetant pour la modique somme de 25 milliards d’euros le géant européen : Arcelor. A cette époque, le groupe est à son apogée et le PGD investit alors les profits dans le rachat de mines de fer au moment où le cours du minerai était au plus haut. En conséquence, Mittal écope d’une dette de 17 milliards d’euros. Alors que la crise touche tous les secteurs, celui de l’acier est lui aussi atteint. ArcelorMittal se retrouve donc coincé par son immense dette qu’il peine lourdement à rembourser. Les marchés devenant de plus en plus inquiets, les grandes agences de cotation se voient dans l’obligation de réévaluer négativement la dette du groupe dans la catégorie spéculative. De plus, ArcelorMittal engendre des pertes de près de 545 millions d’euro. En conséquence, ArcelorMittal décide de mettre sur pied une restructuration gargantuesque qui engendrera la fermeture de nombreux sites partout en Europe. Quant à la réinsertion des travailleurs il n’en n’est rien. Quelques (très peu) mesures ont été prises uniquement pour les ouvriers âgés d’environ 55 ans pour lesquels des plans de retraites anticipés sont élaborés. Néanmoins, il n’en n’est malheureusement rien pour les ouvriers plus jeunes qui seront livrés à leur propre sort (ou avec des indemnités ridiculement faibles). En effet, ces travailleurs aux capacités beaucoup trop spécifiques pour les autres usines resteront sans travail : une offre de travail trop spécifique par rapport à la demande plus large induira un chômage que l’on qualifie de conjoncturel.

            Intéressons-nous de plus près aux mesures prises à Liège ; quelles seront les conséquences d’une telle décision sur l’économie liégeoise ?
Cette fermeture entrainerait « la mort du bassin liégeois » car en plus de la perte de près 1300 emplois directs, de nombreuses pertes collatérales seront à prévoir notamment pour les commerces à proximité des usines (restaurants, magasins,…), mais aussi les ports situés aux alentours des différents sites partout en Wallonie par où transitaient les marchandises… Ces dégâts auront comme effet d’accroître le taux de chômage au sein de la Wallonie et de ralentir la croissance (déjà relativement faible) de la Belgique. De plus, les effets d’une augmentation du taux de chômage combinés avec un faible taux de croissance n’inciteront pas au lancement de nouveaux projets d’investissement dans le sud du pays. Dès lors, avec un taux chômage qui augmente et un taux d’investissement qui diminue, la production diminue aussi entraînant une diminution de la demande.

            Des discussions ont eu lieu entre syndicats, ministres et diverses pistes ont vu le jour. Parmi les plans envisagés, l’option de rachat a fait beaucoup parler d’elle ; deux options sont envisageables. Tout d’abord, Arcelor Mittal accepte de revendre les outils sidérurgiques liégeois à la Région Wallonne en vertu d’une loi en vigueur sur la continuité des entreprises, laquelle prévoit que lorsque l’activité d’une entreprise est mise à mal, il est possible que les infrastructures soient confiées à un administrateur qui devrait recueillir les diverses propositions de reprise. Seule ombre au tableau, il est très difficile de mettre en place une telle disposition légale. C’est pourquoi la    «  task force » (groupe créé au sein d’une entreprise afin de mener à bien une mission particulière) a été créée afin de pouvoir trouver un repreneur des outils. Mais le projet est-il viable ? Les avis divergent, selon Marcel Genêt, président de la Société Wallonne de Gestion et de Participations (SOGEPA) l’industrie du chaud était condamnée à Liège il pointe aussi du doigt l’attitude revendicative perpétuelle des syndicats et des responsables. Tandis que selon le bureau de consultance français Syndex , la phase à chaud liégeoise serait encore totalement viable mais qu’il manque cruellement d’investissement. Deux avis antinomiques qui ne manqueront pas de susciter l’intérêt d’éventuels investisseurs potentiels.
Seconde option : ArcelorMittal campe sur ses positions en refusant catégoriquement la revente des outils et clame haut et fort je cite : « Les sites ne sont pas à vendre, pas même aux autorités » dans ce cas, il incombera au géant la lourde tâche d’orchestrer la dépollution de ses sites. Toutefois, les coûts estimés d’une telle masse de travail peuvent aller jusqu’à un million d’euros. Mais quelles sont les raisons d’ArcelorMittal de refuser la cession des outils sidérurgiques ? Une piste de réflexion peut être la cherche perpétuelle pour Lakshmi Mittal et ses sbires du monopole presqu’absolu sur le marché de l’acier ainsi en ne revendant pas ses outils, ArcelorMittal ne fait pas entrer sur le marché un concurrent potentiel et garde alors le contrôle total sur les prix.

            En conclusion, les décisions prises par ArcelorMittal demeurent sans explications certaines, seules des suppositions et des hypothèses subsistent. A l’heure actuelle, les employeurs, les responsables et les syndicats sont dans l’attente d’une prochaine bombe larguée par le diable de métal.



Sources :







http://www.rtbf.be/info/economie/detail_viabilite-de-la-siderurgie-a-liege-avis-divergents?id=7916429

Brieuc Kremer:
Ces deux images évoquent pour moi bien plus que le cas ArcelorMittal. Elles évoquent la situation de la région wallonne dans son ensemble.  Une région wallonne fragile, fatiguée et qui ne sait plus que faire pour attirer les entreprises. Pire encore, qui ne sait plus que faire pour les empêcher de partir. En effet, notre belle région n’a plus grand chose à offrir par rapport aux autres pays et en particulier au continent asiatique. Le coût du travail en Europe est plus important que dans les pays asiatiques. Cette différence pousse les entreprises à se délocaliser et à se tourner vers des marchés où la main d’œuvre est moins chère. Mais aussi vers des marchés où la demande est plus forte. Au niveau mondial, la majorité de l’acier produit est exporté en Chine pour y être assemblé. Il est donc logique que les usines qui produisent cet acier se délocalisent afin de minimiser les coûts de transports.

Le cas ArcelorMittal ne fait que démontrer au monde entier à quel point nous sommes en retard sur le plan économique. Le marché de l’acier est un marché cyclique. Par définition, il passe par des périodes fastes et par des périodes de recul. Le problème aujourd’hui est que l’Europe est enlisée dans une crise économique sans pareil. Ces deux facteurs font que le marché de l’acier subit un recul plus important que prévu sur le continent européen. En effet, c’est sur celui-ci que l’on enregistre la plus grosse baisse d’activités du à des diminutions plus importantes de la demande. Quoi de plus normal, pour une société subissant des pertes, que de tenter de supprimer le problème qui les a causées ? Mittal est une société internationale, c’est un géant de l’acier et elle veut le rester. Il possède des usines un peu partout dans le monde et est même tout disposer à en ouvrir de nouvelles dans des environnements propices à ses objectifs de croissance et de rentabilité. Dans un contexte de crise, il faut réduire, voir supprimer les postes qui posent le plus problème. Et en l’occurrence, c’est l’Europe.

Vient le cas des travailleurs. Il ne faut pas se voiler la face, le seul véritable sujet de négociations autour de tout se battage politique, c’est l’aspect humain. Si Mittal ne se fiait qu’aux principes économiques, il aurait déjà fermé bien plus d’usines en Europe afin de se concentrer sur des marchés qui ne lui font pas supporter des pertes colossales. Seulement, être une aussi grosse entreprise entraine des responsabilités envers ses travailleurs mais aussi envers les autorités locales. Une entreprise comme Mittal ne peut pas simplement partir et mettre la clé sous la porte sans rien dire. Si elle ferme, ce sont des milliers de personnes qui se retrouvent sans emploi.

La nationalisation est-elle une bonne solution ? Pour ma part, je ne pense pas. Un homme d’affaire comme Mittal n’est pas arrivé à ce niveau par hasard. C’est une personne intelligente qui sait reconnaître quand quelque chose ne va pas. Pourquoi un géant de l’acier ferait des pertes sur un site et l’Etat non ? Il faut se rendre à l’évidence, certains sites ne sont plus rentables car les coûts globaux liés à l’exercice de leurs activités sont trop élevés. Un Etat ne peut pas, en adoptant un raisonnement réfléchi, racheter un secteur en déclin, en perte et ainsi perdre notre argent dans le seul but d’épargner des travailleurs. Cette approche est à bannir. Si un Etat est prêt à investir une grosse somme d’argent pour continuer de produire de l’acier en Europe, pourquoi ne  l’investirait-il pas à aider les anciens ouvriers-employés de l’acier à retrouver un travail dans un autre secteur. Un secteur plus porteur. Cette aide pourrait être un financement dans des formations, des outplacement,… Tant d’alternatives peuvent être trouvées au secteur de l’acier.


Une chose est sûre, ce sujet est un sujet politique. La Wallonie a raté le virage des années 70 lorsque le secteur de l’acier a pris un coup dans l’aile. A l’inverse de la Flandre, elle a investi des centaines de millions dans ce secteur qui hélas la tire toujours plus vers le bas. La Flandre, quant à elle, a investi dans les nouvelles technologies et est aujourd’hui en avance de 30 ans sur nous. Pourquoi ? Car les politiques wallons, dans leur ensemble, n’ont pas osé prendre leurs responsabilités et dire la vérité. Une vérité qui dérange un bien trop grand nombre de personnes, en l’occurrence des électeurs potentiels. De peur de perdre leurs places et leur électorat, ils ont préféré laisser la Wallonie prendre du retard sur la Flandre et les autres pays. Ils le savaient et le savent toujours à l’heure actuelle. La principale raison à cet entêtement est : les politiques ont voulu protéger une classe de personnes qui ont toujours travaillé dans l’acier en fait des personnes très, voir trop, spécialisées à l’acier. Des personnes qui incontestablement font un travail de qualité, il est reconnu mondialement, mais qui, pour la plupart sont très difficilement reclassables dans d’autres secteurs d’activités.


La Wallonie tente désespérément de se rattacher à un secteur dont elle est fière. Un secteur qui a fait sa réputation. Un secteur qui emploie des milliers de personnes. Mais malheureusement, un secteur qui est en perte, un secteur qui n’est plus profitable pour personne. Un secteur mêlant  pertes pour les uns et insécurités de l’emploi pour les autres. Cette situation n’est profitable ni à l’un ni à l’autre. Peut-être est-il temps de passer à autre chose, de tourner cette page et de profiter du bassin liégeois, de cette belle main d’œuvre, d’une toute autre manière. Peut-être est-il temps, plutôt que de racheter le marché de l’acier, d’investir dans des secteurs plus porteurs de croissance et de rentabilité. Au lieu de se rattacher au passé, ne vaudrait-il pas mieux se projeter dans l’avenir et construire dès aujourd’hui une Wallonie forte et génératrice de profits et d’emplois. La Wallonie a été un pôle économique plus que respectable. Pourquoi ne le redeviendrait-elle pas ? Seulement, tout changement fait peur et suscite très souvent de nombreux sacrifices…


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