lundi 6 mai 2013



La taxe à 75% et le monde du football français.


La taxe à 75% est la promesse de  campagne la plus populaire de François Hollande. En effet, pendant sa campagne, François Hollande avait très clairement exprimé son intention de taxer à 75% les salariés qui percevaient un salaire supérieur à 1 million d’euros. Une fois élu, il avait tenté de la mettre en œuvre mais cette motion n’a pas été acceptée par le conseil constitutionnel français. Cet échec n’a toutefois pas mis fin à ses ambitions. Il a donc décidé d’introduire une variante à cette première motion. Elle consiste en : les entreprises qui versent un salaire supérieur à 1 million d’euros  seront, toutes taxes comprises, taxées à hauteur de 75%. Dans cette nouvelle motion, ce ne sont plus les salariés qui vont payer la taxe mais bien les employeurs.

L’argument principal qu’utilise le gouvernement français est que la France est dans une situation de crise. Son endettement n’a jamais été aussi haut. Dans une telle situation, il estime que les entreprises qui ont la capacité de rémunérer leurs employés 1 million d’euros peuvent mettre la main à la poche pour aider l’état français. Le problème est que cette taxe ne va toucher qu’une minorité de contribuables et ne va donc pas rapporter tant que cela. C’est plutôt sur l’image que cette taxe est importante pour François Hollande et son gouvernement. En effet, on touche au plus gros fantasme socialiste qui soit : « taxer les riches ».

Seulement, cette taxe fait réagir non seulement le patronat mais surtout les plus grosses PME présentes en France à savoir les clubs de foot professionnels. Parlons tout d’abord du patronat. Ce dernier a en effet annoncé que cette taxe n’était pas bonne car il existe de nombreux moyens pour la contourner. Prenons deux exemples concrets :

-          Selon Bruno Knadjian, avocat fiscaliste chez Hogan lovells « la rémunération totale pourrait être répartie entre plusieurs entités du groupe afin de ne pas atteindre le plafond du million d’euros de rémunérations fixes et variables. Toutefois, le dirigeant devra exercer une fonction dans chacune des filiales concernées».

-          Etant donné que cette taxe devrait être provisoire : la rémunération variable pourrait être répartie dans le temps. En  lieu et place d’une rémunération, les dirigeants pourraient se voir proposer des actions gratuites qui comprendraient une période probatoire de 2 à 3 ans et un versement effectif lorsque les objectifs seraient atteints.

Comme on peut le constater, cette taxe, qui je le rappelle ne va toucher qu’une minorité de gens, risque fort d’être peu rentable car les contribuables visés vont tout faire pour tenter de la contourner.

Une deuxième question qui a le mérite d’être soulevée est celle de l’évasion fiscale. Une telle taxe n’inciterait-elle pas les grosses rémunérations à l’évasion fiscale ? En effet, les grandes entreprises vont réfléchir à délocaliser un maximum afin de réduire les rémunérations qui pourrait être taxé par l’état français. Mais ce qu’il faut se dire, c’est que ces délocalisations vont entrainer des pertes d’emplois en France et donc une augmentation du chômage. Dans la même optique, les entreprises qui ne délocaliseraient pas, vont voir leurs charges augmenter et donc leur compétitivité diminuer. Si cette deuxième motion ne vise que les PME, on peut être certains que la taxe va être répercutée sur les employés. Pour contrebalancer l’augmentation de la taxe, le salarié recevra un salaire net inférieur à celui qu’il perçoit pour l’instant.

Une réflexion est alors à se faire : Les personnes qui gagnent plus d’un million par an sont d’ordinaire des personnes intelligentes et compétentes dans leurs domaine. Pourquoi une personne intelligente et dont le CV est très bien fourni irait accepter une diminution son salaire alors que dans un autre pays il pourrait à la limite voir son salaire augmenter. Personnellement, si j’étais dans une telle situation, j’envisagerais très fortement cette question.

Pour ma part, cette constatation m’amène à une autre. En Belgique, comme en France, il est presque mal vu de réussir dans la vie. Il faudrait s’en cacher. Les systèmes sont fait pour que les riches apparaissent comme des ingrats qui rechignent à aider la collectivité. Or, c’est grâce à cette classe sociale que, en grande partie, l’économie tourne en effet ce sont ces personnes qui ont pouvoir d’achat le plus important. C’est également eux qui  dépensent leur argent et qui par conséquent enrichissent d’autres. Seulement, avec ce genre de politique discriminatoire et injuste, ces classes aisées vont tendre à partir vers des pays où ils seront  »mieux » accueillis.




Passons maintenant au monde du football. En France, les clubs de foot sont considérés comme des entreprises. Les joueurs sont donc considérés comme des salariés.

« La Charte du football professionnel, qui a valeur de convention collective, prévoit que le contrat du footballeur s'inscrit dans le cadre des dispositions des articles du Code de travail relatifs au contrat à durée déterminée. Par conséquent, hormis certaines dispositions spéciales, comme par exemple, la nécessité d'homologuer le contrat, le footballeur reste un salarié comme un autre. »

De plus, pour être considéré comme un salarié par la jurisprudence, il faut qu’une personne exécute un travail rémunéré au profit d’un tiers auquel il est subordonné. Par conséquent, les footballeurs professionnel ainsi que les amateurs sont considérés comme des salariés et ont donc le bon (ou le mauvais, question de point de vue) profil pour être soumis à la taxe. La seule possibilité pour les clubs d’éviter la taxe est de supprimer les rémunérations. Ce qui n’est pas envisageable dans le monde du sport de haut niveau.

D’abord, j’aimerai revenir sur un argument avancé par les clubs qui me semble totalement ridicule. En effet, ceux-ci prétendent que cette taxe va faire fuir les joueurs vers des clubs étrangers. Or, il n’en est rien. Les joueurs signent leurs contrats net-net. Taxe ou pas taxe, le salaire du joueur en sera de toute façon inchangé. Il n’y aura donc aucune raison financière due à cette nouvelle taxation au départ de joueurs. Le seul problème est que le club va devoir, lui seul, supporter un salaire brut par joueur plus important.


Si cette taxe est appliquée au monde du football, les clubs français devront débourser près de 182 millions d’euros en taxes. Ce qui représenterait une augmentation de leurs charges brutes de près de 30%. Comment dans un tel contexte, un club de foot français pourrait-il encore être compétitif sur la scène européenne? Ces mêmes clubs sont déjà dans une situation financière délicate. En effet, ils ont perdu la saisons dernière près de 60 millions d’euros. De grands clubs comme Lyon ont du diminuer leur masse salariale en vendant leurs meilleurs joueurs (Bastos…). Résultat, Lyon a vécu une saison difficile et n’a pas pu se battre pour le titre car ils ont du composer avec une nouvelle équipe. Le manque à gagner est très important car d’une part, ils ont du vendre leurs joueurs pour raisons financières ce qui impliquent une position moins ferme dans leurs négociations. Et d’autre part, le départ des cadres et la saison difficile due à la recomposition d’une nouvelle équipe provoquent l’énorme risque de rater la qualification pour la ligue des champions. Ce qui représenterait la perte d’une belle somme d’argent. Réduire la compétitivité d’un club ne fait qu’affaiblir sa situation financière.

Le seul club qui ne sentira pas le coût de la nouvelle taxe est le PSG. En effet, ce dernier a fait une belle campagne en ligue des champions et va se voir attribuer une prime de compétition assez conséquente. Selon les médias, le club devrait être en mesure de payer cette nouvelle taxe rien qu’avec cette prime. Cela explique l’importance de la compétitivité d’un club pour sa santé financière.

Seulement, la philosophie du sport a un coût. L’objectif est d’être le plus compétitif possible. La seule manière d’y arriver est de former des joueurs de talent mais aussi d’investir dans les meilleurs joueurs possibles. Or, c’est comme dans n’importe quel domaine, quand on veut la crème de la crème, il faut mettre la main à la poche. Et seul un club dans une bonne situation financière peut le faire.

Ce qu’il faut se dire aussi, c’est que le football est un sport populaire. Peut-être même le sport le plus populaire en France. Restons avec le PSG, son stade fait 81000 places. Le prix du billet pour un match de championnat débute à 30 euros. Prenons l’exemple que toutes les places sont à 30 euros, la recette du club pour un match est donc  de 81.000 places*30€=2.430.000 euros ! Une équipe qui arrive à attirer 81000 personnes a un match est une équipe attractive et ce genre d’équipe rentre alors de l’argent en caisse. Et cet argent va se retrouver dans sa base imposable et donc va être en partie reversé à l’état français. Pourquoi alors tout faire pour diminuer la compétitivité d’un club ?

Hormis la compétitivité qu’apporte un grand joueur au club, il faut prendre en compte son impact sur l’attractivité du club ainsi que sur le marketing que va pouvoir faire le club autour de son joueur. Le meilleur exemple est le transfert de David Beckham au PSG. Ils ont tout compris. Ils ont recruté une star, une icône dans le football mais aussi un people et une gravure de mode. Beckham, ce n’est pas qu’un joueur, c’est une marque. Rien qu’à l’annonce du transfert, le club a vendu un très grand nombre de maillots à l’effigie du joueur. Le monde a concentré toute son attention sur le club. Ils ont même revendu les droits télé de son premier entrainement,… Le transfert de Beckham est un coup marketing de génie. Il a permis au club de gagner énormément d’argent avant même que le joueur ne soit monté sur la pelouse. Et de nouveau, cet argent va être en partie récupéré par l’état français. Et le comble du comble, c’est que ce coup marketing s’est avéré en plus être un joli coup sportif car le joueur reste compétitif malgré son âge.

L’attractivité d’un club lui permet aussi d’attirer les sponsors et d’avoir plus de poids dans les négociations avec eux. A titre d’exemple, prenons le Réal de Madrid : son principal sponsor est un site de paris sportif (Bwin). Dans une telle situation, ce n’est pas le club qui a cherché son sponsor. C’est lui-même qui est venu vers eux. Ce qui a mis le club dans une position de force et leur a donné plus de poids dans les négociations. A l’opposé, prenons un club de ma région : si le Fc Beaufays voulait négocier un contrat de sponsoring avec la société Bwin, il devrait premièrement aller les trouver, ensuite, attendre l’acceptation ou le refus de la société et enfin se soumettre à leurs conditions. Cet exemple un peu poussé montre à quel point un club qui a une forte attractivité peut réduire ses charges en s’attachant des soutiens financiers venant de sponsors plus importants.

Par ce travail, j’ai voulu faire remarquer que la compétitivité d’un club entraine son attractivité et par conséquent des rentrées financières. Seulement, cette même compétitivité a un coût car il faut savoir investir pour réussir. Ce n’est pas en augmentant les charges d’un club qu’il va pouvoir acheter des joueurs et faire vibrer des milliers de personnes. 

Brieuc Kremer

5 commentaires:

Unknown a dit…

Ton article est vraiment intéressant, d'autant que j'aime le sport, mais m'a laissé assez partagé.

Tout d'abord, je suis bien entendu d'accord avec toi sur le fait que la chasse aux riches que mène actuellement le gouvernement socialiste au pouvoir dans l'hexagone n'est pas productif pour l'économie française. Le riche est vraiment présenté comme un "méchant", alors que c'est un rouage important de toute la mécanique économique. François Hollande est selon moi réellement tombé dans le populisme et alimente la rage primaire des personnes normales envers les gens qui réussissent. C'est vraiment dommage, car dans d'autres pays, comme les USA par exemple, les gens qui ont du succès sont bien plus respectés et vus comme modèles.

Néanmoins, j'ai trouvé assez exagérée ta défense du riche, que tu fais presque passer pour un chevalier blanc immaculé. Si les richesses mondiales étaient réparties plus équitablement, la consommation serait vraisemblablement la même et la croissance ne serait certainement pas moindre. Le simple fait d'être riche n'est pas en soi une chose bonne pour la société en général. D'autant plus que les gens riches ne sont pas forcément les plus méritants.

Ensuite tout ton résonnement sur les clubs de foot me semble fort juste, pourtant j'aimerais mentionner ceci: un club de foot est une entreprise comme une autre. Et comme tout autre entreprise elle est pénalisée et perd en compétitivité lorsqu'elle paye d'avantage de taxes. Les gros clubs ne sont pas les seuls à subir une concurrence venant des autres pays. Alors ma question est la suivante: pourquoi favoriser les clubs de foot plutôt que n'importe qu'elle autre entreprise? Sous prétexte qu'elles "vendent du rêve"? Ça ne me paraît quand même pas très justifié, d'autant plus, que du rêve on pourra toujours en retrouver ailleurs et la demande s'adaptera à la nouvelle offre si un club devient moins compétitif. Par exemple, le nombre de supporters de Dortmund n'est pas le même cette année qu'il y a 5 ans. Les gens trouveront toujours des équipes de foot à idolâtrer.

Aussi, je te cite : "D’abord, j’aimerai revenir sur un argument avancé par les clubs qui me semble totalement ridicule. En effet, ceux-ci prétendent que cette taxe va faire fuir les joueurs vers des clubs étrangers. Or, il n’en est rien. Les joueurs signent leurs contrats net-net.". Ce passage me semble bizarre, car juste après tu explique que le club devra payer plus pour avoir le joueur. Mais si le club en est incapable, le joueur "fuira" dans un autre pays. En quoi cet argument est-il si ridicule?

Voilà, sinon bon travail!

Unknown a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Unknown a dit…

Mon articles est basé sur le monde du football. Ta remarque sur le fait de favoriser les clubs plutôt que les entreprises est tout à fait justifiée sauf que je me suis concentré sur le monde du football et que donc je n'ai pas abordé les autres entreprises. Toutefois, je trouve que cette taxes appliquées aux entreprises serait tout aussi dommageable que si elle était appliquée aux clubs de foot.

Pour ce qui est de ta deuxième remarque, je voulais dire par là que ce ne sont pas les joueurs qui vont décider de partir pour l'étranger. Leur salaire ne sera pas changé donc il n'y a aucune raison pour que cette taxe les fasse fuir. Par contre, si le club a plus de difficulté à payer ses joueurs, c'est autre chose. C'est lui même qui vendra ses joueurs et non le joueur qui demandera à partir. De plus, avant de vendre des joueurs "cadre", ils vendront des joueurs de second plan qui leur rapporteront sur le prix du transfert et qu'ils pourront convertir en impôt.

Unknown a dit…

Tout d'abord, ton article est bien construit et intéressant. D'autant que dans ta première partie tu fais brièvement écho au mien.
Qui plus est, ce matin en lisant le métro (certes, comme nous le savons tous ce n'est pas un journal vraiment économique) j'y ai lu un article sur la taxe à 75%. Pour le résumé en quelques mots l'article, celui-ci expliquait que cette loi avait été retoquée par le Conseil constitutionnel et que dans son écriture ce projet de loi faisait fort amateur. Cet article parlait également du débat qu'a engendré cette taxe en France notamment en citant l'exemple de Gérard Depardieu. Tout cela pour appuyer tes propos concernant l'augmentation de l'évasion fiscale si une telle mesure devait être prise.
Néanmoins, et comme tu l'as dit, la France est dans une situation de crise, ne serait-il pas normal que la classe " des riches " fasse aussi un effort au lieu de continuellement rajouter des taxes à la classe moyenne (qui soit dit en passant tend à disparaître) ?
Parce que soyons honnête, les stars de football française ne ressentent pas la crise comme une famille moyenne?

Je terminerais par une question pour ma culture personnelle parce que n'y connaissant rien au foot je me demandais si TOUTES les équipes de football étaient considérées comme des entreprises ou est-ce un statut propre aux équipes françaises?

Unknown a dit…

Pour répondre à tes remarques Romy, je suis tout à fait d'accord avec toi que toutes les classes sociales doivent contribuer à aider l'état financièrement. Je pense que cela est le cas mais ou je voulais en venir c'est qu'il ne faut pas qu'il y ai des abus. 75% de taxes! Est-ce que tu te rend compte de ce que ça représente en argent mais aussi en heures de travail? C'est vrai que les personnes riches ne traverse pas la crise comme la classe ouvrière ou la classe moyenne, mais est-il pour autant nécessaire de leur demander tant? Pour ma part, je trouve que tout le monde doit aider mais sans abus de qui que ce soit.

Et maintenant pour répondre à ta question, oui tout les clubs de football dans leurs ensemble sont des entreprises.

Merci pour les compliments.