Chypre et sa crise :
causes et conséquences
En guise d’introduction, j’aimerais planter le
décor. J’ai choisi un sujet d’actualité « Tout,Tout chaud ». La
situation à Chypre change de jour en jour. J’ai donc décidé d’expliciter cette
situation en date du mercredi 19 mars 2013. Date à laquelle, j’ai commencé la
rédaction de mon article. Je commencerai par expliquer les causes qui ont amené
Chypre dans une telle situation. Ensuite, je parlerai du plan de sauvetage
proposé par l’union européenne et le FMI. Enfin, je poserai mes conclusions
ainsi que certaines pistes de réflexions.
Les origines de la crise économiques dans ce
pays sont multiples. Tout d’abord, elle est due au climat économique mondial actuel.
Le monde est plongé dans une crise économique sans précédent et tous les Etats
sont sous la menace d’une récession. Chypre n’échappe pas à la règle et se
retrouve aujourd’hui dans une situation franchement délicate. Durant les années
2000, années fastes, elle a accumulé des déséquilibres budgétaires et
extérieurs. De plus, les régions littorales ont connus une bulle immobilière
car en ces années l’octroi des crédits était assez facile. De plus, Chypre
était jusqu’en février 2013 le seul pays de la zone euro dirigée par un
communiste. Ce dernier n’a pas jugé nécessaire d’engager des réformes structurelles
et a laissé s’accumuler les dépenses du secteur public. Bruxelles lui avait
pourtant sommé d’en engager…
Mais la principale raison de cette situation
est due à la crise financière grecque. Chypre a énormément misé sur le secteur
bancaire. En effet, les banques chypriotes ont des actifs qui représentent 8
fois le produit intérieur brut du pays. De plus, elle propose des services
financiers très attractifs notamment grâce à l’impôt des sociétés le plus
faible de l’union européennes. Au moment de la crise économique en Grèce, la
dette publique grecque pouvait être rachetée sous forme de bons du trésor. Du
fait de la proximité entre les deux peuples et de leurs liens commerciaux
étroits, les banques chypriotes ont énormément investi dans ces bons du trésor.
Le problème est que quand l’union européenne a du intervenir pour sauver la Grèce,
elle a imposé un effacement de la dette grecque. Les bons du trésor acheté
alors par les banques chypriotes sont donc partis en fumée. Une perte sèche de
4 à 5 milliards d’euros. De plus, les banques chypriotes avaient prêté de
l’argent aux entreprises et aux particuliers grecs pour un montant à hauteur de
23 milliards d’euros. Seulement les grecs avaient d’énormes difficultés à
rembourser. Bruxelles a jugé qu’entre 10% et 14% de ces prêts étaient jugés comme
non performants. Le terme non performant signifie en quelque sorte
« Créances douteuses ». Cette prévision de pertes futures ajoutée à
la perte sèche a conduit Nicosie à capitaliser la Laiki Bank, le deuxième
établissement du pays.
Le problème pour l’état de Chypre est que la
crise économique mondiale asphyxie non seulement Chypre mais toute la zone
euro. Le PIB ne cesse de reculer. Dans un tel contexte, le pays n’arrive pas à
rétablir les finances publiques, à soutenir ses banques et à honorer ses
dettes. Ils n’avaient plus qu’une seule solution qui était de faire appel à
l’union européenne. C’est ce qu’ils font en juin 2012 mais l’union européenne
fait traîner les choses car elle attendait les élections de février et le
changement de gouvernement en espérant obtenir de Nicosie davantage de réformes
structurelles.
Le plan de sauvetage est assez simple sur
papier mais difficile à accepter et surtout à appliquer. Le FMI et la zone euro
s’engagent à verser 10 milliards d’euros à l’état de Chypre. En échange de ce
prêt, Chypre s’engage à puiser directement dans les comptes des particuliers
pour récupérer 5,8 milliards d’euros. Cette ponction sera faite de manières différentes
selon la situation financière des particuliers. En effet, tous les comptes
inférieurs à 100.000 euros seront taxés à 6,75% et tous ceux supérieurs à 100.000
euros taxés à près de 10%. Pourquoi deux taux ? En réalité, l’accord
initial prévoyait de taxer les comptes de plus de 100.000 euros à beaucoup plus
que 10%. Seulement le gouvernement chypriote à refusé et le FMI a donc du
imposé une taxe sur les petits épargnants. En plus de cette taxe, le FMI a
demandé qu’une retenue soit faite sur les intérêts des dépôts bancaires.
Plusieurs privatisations sont également prévues ainsi qu’une hausse de l’impôt
des sociétés.
Si ce
plan de sauvetage peut paraître dur pour les contribuables, il faut aussi
réaliser que l’autre option est une mise en liquidation des deux principales
banques de l’île. Cette option est inenvisageable pour Chypre car cela
signifierait la fin de leur système financier et une très probable sortie de
l’île de la zone euro. De plus, Chypre a des besoins de financements de l’ordre
de 17 milliards. Ce qui équivaut à une année de son PIB ! Autant dire une
somme impossible à rembourser. La contribution des chypriotes était donc
nécessaire dès le départ.
Cette proposition a été soumise au vote du
parlement chypriote et ce dernier l’a rejeté. En effet, la taxe sur les petits
dépôts bancaires est jugée comme exagérée et non supportable par les petits
épargnants. Seulement, Chypre doit rendre à l’union européenne 5,8 milliards.
La seule manière d’y parvenir sans l’apport des petits épargnants est d’augmenter
l’apport des gros. C’est pourquoi les deux taux initialement prévu devraient
être corrigé.
Le problème qui se pose à présent est que la
majorité des gros épargnants présents sur l’île de Chypre sont des
non-résidents. La plupart sont russes. Chypre était considéré comme un paradis
fiscal par les sociétés russes. Un nombre important de sociétés off-shore sont
basées là-bas pour pouvoir bénéficier de taxes réduites, … Les particuliers
russes risquent aussi de perdre gros. Chypre est considéré par l’union
européenne comme le pays par lequel transite l’argent sale russe. D’ailleurs,
l’union européenne et le FMI veulent imposer à Chypre un audit interne pour
analyser la provenance des dépôts financiers. Avec cette mesure, ils veulent
stopper le blanchiment massif d’argent sur l’île. Rétablir une économie saine
est une priorité pour la zone euro.
Quelles sont les alternatives à ce plan de
sauvetages ? Tout d’abord, un allègement partiel pourrait être obtenu via
un rachat des filiales grecques des banques chypriotes par les banques
grecques. En effet, celles-ci ont manifesté un intérêt pour ces filiales. Seulement cette aide a un coût et ce coût est
un financement de 1 milliard d’euro.
D’un autre coté, la Russie et Gazprom ont fait
une proposition pour racheter une partie de la dette en contrepartie de
l’autorisation de la part du gouvernement pour exploiter de manière exclusive les
gisements de gaz au large de Chypre. La proposition des russes permettrait à Chypre
d’éviter d’appliquer les conditions drastiques du plan de sauvetage de l’union européenne.
Cette proposition tient au fait que Gazprom pourrait, dans un premier temps,
augmenter la taille de ses activités. Tout en protégeant les épargnants russes
qui représentent la majorité des gros dépôts à Chypre. En effet, ceux-ci
risqueraient une perte sèche de près de 20 milliards d’euros.
Cette proposition des russes me semble plutôt
convenable. En effet, l’état de Chypre est sauvé de la faillite et les épargnants
sont épargnés. En théorie, tout le monde serait content. Mais cette proposition
présente deux problèmes. Tout d’abord, Chypre doit renoncer à ses gisements de
gaz. Or, pour éviter qu’une telle crise ne se reproduise, il faut que le pays
se disperse au niveau de ses activités. Exploiter les gisements de gaz
permettrait à l’état chypriote de renflouer les caisses et de réduire la
puissance des banques dans leur pays.
Chypre peut-elle se passer de son plan d’avenir pour se sauver ? Le
deuxième problème est que le FMI et la zone euro veulent assainir les comptes.
Ils veulent une meilleur traçabilité de l’argent. Accroître le pouvoir des russes
alors que c’est spécialement eux qui sont visés par ces mesures n’est pas
logique.
J’aimerais revenir sur le fait que cette
proposition a entraîné une colère du peuple chypriote. Cette colère aurait pu
se manifester par des retraits massifs de dépôts bancaires. Seulement, le
gouvernement et les banques ont préféré rester fermés. Plus aucun citoyen ne
pouvait retirer de l’argent de son compte. Aucune facture ne pouvait être
payée. Cette situation est similaire à prendre le portefeuille d’une personne
et de lui dire, je te le rendrai plus tard mais avec moins d’argent dedans et
ce sans que cette personne ne puisse dire quoique ce soit. Ne touche-t-on pas
aux libertés individuelles, au droit de l’homme, qui consistent à être libre.
Et ce compris d’être libre de faire ce que l’on veut de SON argent ? Ce
qui est surtout très important de signaler, c’est qu’une limite a été franchie.
La perception d’une taxe sur les dépôts bancaires est une grande première dans
la zone euro. Dans ce registre, on touche à l’argent des citoyens de manière
directe. Dans quelle mesure peut-on placer notre argent en banque ? On
remarque en effet que si les banques décident de bloquer les comptes pour une
raison ou une autre, on ne peut rien faire pour retirer son argent. Les banques
sont des institutions financières qui ont les pleins pouvoirs pour disposer de
notre argent.
On peut aussi parler de : Comment Chypre
en est arrivé là?, de : Pourquoi Chypre a laissé son secteur bancaire
devenir tellement puissant qu’elle n’arrive plus à le contrôler. Une situation
pareille doit–elle être considérée comme normale? Est-il normal que des
institutions aussi puissantes soient aussi laxistes quant au contrôle de la
provenance des fonds qu’elles perçoivent.
Pour ma part, une situation pareille relève
d’un grand manque de contrôle de la part du gouvernement chypriote ainsi que
d’un manque de discernement de la part des principales banques du pays. Ces
personnes, aveuglées par le profit à court terme, ont pris des risques et des décisions
qui aujourd’hui se retournent contre elles et plongent leur pays dans une
situation très délicate. Ce que je veux dire par là, c’est que tous les
analystes financiers savaient que les banques chypriotes étaient trop riches,
trop puissantes, pour l’état de Chypre. Tout le monde le savait mais tout le
monde s’est tu. Pourquoi ? Qu’attendaient ils ?
La proposition des banques grecques me trouble
aussi quelque peu. Il n’y a pas si longtemps, c’étaient elles qui étaient au
bord de la faillite. C’étaient elles qui ont bénéficié de l’aide des banques
chypriotes. Et ce sont elles qui directement et indirectement ont entrainé les
banques chypriotes dans cette situation. Pourquoi proposent-elles alors de
faire la même erreur ? Si les banques grecques rachètent les filiales
chypriotes et que les banques mères sont déclarées en faillites, alors elles perdront
leurs investissements. La Grèce est-elle dans une situation financière assez
forte pour supporter la perte d’un milliard d’euro ?
Brieuc Kremer
1 commentaire:
Intéressant ton article, qui m'aura permis de vraiment bien comprendre la situation à Chypre.
Sinon pour la proposition des Russes, il me semble qu'elle n'a pas été appliquée je crois?
Je pense que c'est une bonne chose, car comme tu le dis, perdre une de ces futures sources de richesses alors qu'il va falloir se relever n'est pas un bon plan à long terme. De toute façon, si c'est pour protéger de l'argent sale russe qui provient d'activités liées à la mafia, ce n'est éthiquement pas très défendable, même si la proposition semblait alléchante.
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