mardi 2 avril 2013

Chypre et sa crise : causes et conséquences



Chypre et sa crise :
causes et conséquences


En guise d’introduction, j’aimerais planter le décor. J’ai choisi un sujet d’actualité « Tout,Tout chaud ». La situation à Chypre change de jour en jour. J’ai donc décidé d’expliciter cette situation en date du mercredi 19 mars 2013. Date à laquelle, j’ai commencé la rédaction de mon article. Je commencerai par expliquer les causes qui ont amené Chypre dans une telle situation. Ensuite, je parlerai du plan de sauvetage proposé par l’union européenne et le FMI. Enfin, je poserai mes conclusions ainsi que certaines pistes de réflexions.

Les origines de la crise économiques dans ce pays sont multiples. Tout d’abord, elle est due au climat économique mondial actuel. Le monde est plongé dans une crise économique sans précédent et tous les Etats sont sous la menace d’une récession. Chypre n’échappe pas à la règle et se retrouve aujourd’hui dans une situation franchement délicate. Durant les années 2000, années fastes, elle a accumulé des déséquilibres budgétaires et extérieurs. De plus, les régions littorales ont connus une bulle immobilière car en ces années l’octroi des crédits était assez facile. De plus, Chypre était jusqu’en février 2013 le seul pays de la zone euro dirigée par un communiste. Ce dernier n’a pas jugé nécessaire d’engager des réformes structurelles et a laissé s’accumuler les dépenses du secteur public. Bruxelles lui avait pourtant sommé d’en engager…

Mais la principale raison de cette situation est due à la crise financière grecque. Chypre a énormément misé sur le secteur bancaire. En effet, les banques chypriotes ont des actifs qui représentent 8 fois le produit intérieur brut du pays. De plus, elle propose des services financiers très attractifs notamment grâce à l’impôt des sociétés le plus faible de l’union européennes. Au moment de la crise économique en Grèce, la dette publique grecque pouvait être rachetée sous forme de bons du trésor. Du fait de la proximité entre les deux peuples et de leurs liens commerciaux étroits, les banques chypriotes ont énormément investi dans ces bons du trésor. Le problème est que quand l’union européenne a du intervenir pour sauver la Grèce, elle a imposé un effacement de la dette grecque. Les bons du trésor acheté alors par les banques chypriotes sont donc partis en fumée. Une perte sèche de 4 à 5 milliards d’euros. De plus, les banques chypriotes avaient prêté de l’argent aux entreprises et aux particuliers grecs pour un montant à hauteur de 23 milliards d’euros. Seulement les grecs avaient d’énormes difficultés à rembourser. Bruxelles a jugé qu’entre 10% et 14% de ces prêts étaient jugés comme non performants. Le terme non performant signifie en quelque sorte « Créances douteuses ». Cette prévision de pertes futures ajoutée à la perte sèche a conduit Nicosie à capitaliser la Laiki Bank, le deuxième établissement du pays.

Le problème pour l’état de Chypre est que la crise économique mondiale asphyxie non seulement Chypre mais toute la zone euro. Le PIB ne cesse de reculer. Dans un tel contexte, le pays n’arrive pas à rétablir les finances publiques, à soutenir ses banques et à honorer ses dettes. Ils n’avaient plus qu’une seule solution qui était de faire appel à l’union européenne. C’est ce qu’ils font en juin 2012 mais l’union européenne fait traîner les choses car elle attendait les élections de février et le changement de gouvernement en espérant obtenir de Nicosie davantage de réformes structurelles.




Le plan de sauvetage est assez simple sur papier mais difficile à accepter et surtout à appliquer. Le FMI et la zone euro s’engagent à verser 10 milliards d’euros à l’état de Chypre. En échange de ce prêt, Chypre s’engage à puiser directement dans les comptes des particuliers pour récupérer 5,8 milliards d’euros. Cette ponction sera faite de manières différentes selon la situation financière des particuliers. En effet, tous les comptes inférieurs à 100.000 euros seront taxés à 6,75% et tous ceux supérieurs à 100.000 euros taxés à près de 10%. Pourquoi deux taux ? En réalité, l’accord initial prévoyait de taxer les comptes de plus de 100.000 euros à beaucoup plus que 10%. Seulement le gouvernement chypriote à refusé et le FMI a donc du imposé une taxe sur les petits épargnants. En plus de cette taxe, le FMI a demandé qu’une retenue soit faite sur les intérêts des dépôts bancaires. Plusieurs privatisations sont également prévues ainsi qu’une hausse de l’impôt des sociétés.

 Si ce plan de sauvetage peut paraître dur pour les contribuables, il faut aussi réaliser que l’autre option est une mise en liquidation des deux principales banques de l’île. Cette option est inenvisageable pour Chypre car cela signifierait la fin de leur système financier et une très probable sortie de l’île de la zone euro. De plus, Chypre a des besoins de financements de l’ordre de 17 milliards. Ce qui équivaut à une année de son PIB ! Autant dire une somme impossible à rembourser. La contribution des chypriotes était donc nécessaire dès le départ.

Cette proposition a été soumise au vote du parlement chypriote et ce dernier l’a rejeté. En effet, la taxe sur les petits dépôts bancaires est jugée comme exagérée et non supportable par les petits épargnants. Seulement, Chypre doit rendre à l’union européenne 5,8 milliards. La seule manière d’y parvenir sans l’apport des petits épargnants est d’augmenter l’apport des gros. C’est pourquoi les deux taux initialement prévu devraient être corrigé.

Le problème qui se pose à présent est que la majorité des gros épargnants présents sur l’île de Chypre sont des non-résidents. La plupart sont russes. Chypre était considéré comme un paradis fiscal par les sociétés russes. Un nombre important de sociétés off-shore sont basées là-bas pour pouvoir bénéficier de taxes réduites, … Les particuliers russes risquent aussi de perdre gros. Chypre est considéré par l’union européenne comme le pays par lequel transite l’argent sale russe. D’ailleurs, l’union européenne et le FMI veulent imposer à Chypre un audit interne pour analyser la provenance des dépôts financiers. Avec cette mesure, ils veulent stopper le blanchiment massif d’argent sur l’île. Rétablir une économie saine est une priorité pour la zone euro.

 

Quelles sont les alternatives à ce plan de sauvetages ? Tout d’abord, un allègement partiel pourrait être obtenu via un rachat des filiales grecques des banques chypriotes par les banques grecques. En effet, celles-ci ont manifesté un intérêt pour ces filiales.  Seulement cette aide a un coût et ce coût est un financement de 1 milliard d’euro.

D’un autre coté, la Russie et Gazprom ont fait une proposition pour racheter une partie de la dette en contrepartie de l’autorisation de la part du gouvernement pour exploiter de manière exclusive les gisements de gaz au large de Chypre. La proposition des russes permettrait à Chypre d’éviter d’appliquer les conditions drastiques du plan de sauvetage de l’union européenne. Cette proposition tient au fait que Gazprom pourrait, dans un premier temps, augmenter la taille de ses activités. Tout en protégeant les épargnants russes qui représentent la majorité des gros dépôts à Chypre. En effet, ceux-ci risqueraient une perte sèche de près de 20 milliards d’euros.

Cette proposition des russes me semble plutôt convenable. En effet, l’état de Chypre est sauvé de la faillite et les épargnants sont épargnés. En théorie, tout le monde serait content. Mais cette proposition présente deux problèmes. Tout d’abord, Chypre doit renoncer à ses gisements de gaz. Or, pour éviter qu’une telle crise ne se reproduise, il faut que le pays se disperse au niveau de ses activités. Exploiter les gisements de gaz permettrait à l’état chypriote de renflouer les caisses et de réduire la puissance des banques dans leur pays.  Chypre peut-elle se passer de son plan d’avenir pour se sauver ? Le deuxième problème est que le FMI et la zone euro veulent assainir les comptes. Ils veulent une meilleur traçabilité de l’argent. Accroître le pouvoir des russes alors que c’est spécialement eux qui sont visés par ces mesures n’est pas logique.


J’aimerais revenir sur le fait que cette proposition a entraîné une colère du peuple chypriote. Cette colère aurait pu se manifester par des retraits massifs de dépôts bancaires. Seulement, le gouvernement et les banques ont préféré rester fermés. Plus aucun citoyen ne pouvait retirer de l’argent de son compte. Aucune facture ne pouvait être payée. Cette situation est similaire à prendre le portefeuille d’une personne et de lui dire, je te le rendrai plus tard mais avec moins d’argent dedans et ce sans que cette personne ne puisse dire quoique ce soit. Ne touche-t-on pas aux libertés individuelles, au droit de l’homme, qui consistent à être libre. Et ce compris d’être libre de faire ce que l’on veut de SON argent ? Ce qui est surtout très important de signaler, c’est qu’une limite a été franchie. La perception d’une taxe sur les dépôts bancaires est une grande première dans la zone euro. Dans ce registre, on touche à l’argent des citoyens de manière directe. Dans quelle mesure peut-on placer notre argent en banque ? On remarque en effet que si les banques décident de bloquer les comptes pour une raison ou une autre, on ne peut rien faire pour retirer son argent. Les banques sont des institutions financières qui ont les pleins pouvoirs pour disposer de notre argent.


On peut aussi parler de : Comment Chypre en est arrivé là?, de : Pourquoi Chypre a laissé son secteur bancaire devenir tellement puissant qu’elle n’arrive plus à le contrôler. Une situation pareille doit–elle être considérée comme normale? Est-il normal que des institutions aussi puissantes soient aussi laxistes quant au contrôle de la provenance des fonds qu’elles perçoivent.

Pour ma part, une situation pareille relève d’un grand manque de contrôle de la part du gouvernement chypriote ainsi que d’un manque de discernement de la part des principales banques du pays. Ces personnes, aveuglées par le profit à court terme, ont pris des risques et des décisions qui aujourd’hui se retournent contre elles et plongent leur pays dans une situation très délicate. Ce que je veux dire par là, c’est que tous les analystes financiers savaient que les banques chypriotes étaient trop riches, trop puissantes, pour l’état de Chypre. Tout le monde le savait mais tout le monde s’est tu. Pourquoi ? Qu’attendaient ils ? 

La proposition des banques grecques me trouble aussi quelque peu. Il n’y a pas si longtemps, c’étaient elles qui étaient au bord de la faillite. C’étaient elles qui ont bénéficié de l’aide des banques chypriotes. Et ce sont elles qui directement et indirectement ont entrainé les banques chypriotes dans cette situation. Pourquoi proposent-elles alors de faire la même erreur ? Si les banques grecques rachètent les filiales chypriotes et que les banques mères sont déclarées en faillites, alors elles perdront leurs investissements. La Grèce est-elle dans une situation financière assez forte pour supporter la perte d’un milliard d’euro ?


 Brieuc Kremer























  

1 commentaire:

Unknown a dit…

Intéressant ton article, qui m'aura permis de vraiment bien comprendre la situation à Chypre.

Sinon pour la proposition des Russes, il me semble qu'elle n'a pas été appliquée je crois?
Je pense que c'est une bonne chose, car comme tu le dis, perdre une de ces futures sources de richesses alors qu'il va falloir se relever n'est pas un bon plan à long terme. De toute façon, si c'est pour protéger de l'argent sale russe qui provient d'activités liées à la mafia, ce n'est éthiquement pas très défendable, même si la proposition semblait alléchante.